La Symphonie no 7 en la majeur, op. 92, de Beethoven fut qualifiée par Richard Wagner de véritable “apothéose de la danse”, soulignant ainsi la prédominance du rythme et de l’élan corporel dans l’architecture même de l’œuvre.
André Boucourechliev
Des neuf symphonies composées par Ludwig van Beethoven entre 1799 et 1824, la Symphonie no 7 en la majeur, op. 92, est, sans conteste, celle qui se prête de la manière la plus évidente à la danse. Ne serait-ce que parce que le rythme l’emporte souvent sur la mélodie. Et comme une mise en abyme, ce spectacle débute avec une séquence de musique électronique intitulée Freiheit/Extasis, composée par Diego Noguera, et dansée par la compagnie Sasha Waltz & Guests. « Liberté » et « extase » évoquant le contexte dans lequel fut créée la Septième, autant que le projet de la chorégraphe, dans cette œuvre qui met en tension le rapport entre les libertés individuelles et les contraintes sociales.
C’est à la fin de sa vie, en effet, lorsqu’il perd l’ouïe, que Ludwig van Beethoven crée la Symphonie no 7. Le compositeur entretient alors un dialogue avec l’inventeur du métronome, Johann Nepomuk Maelzel. Et la question du rythme est désormais au cœur de son œuvre, alors qu’il est le témoin impuissant de l’échec de la Révolution française et d’un retour imposé aux anciennes traditions. Tandis que le besoin de transformation sociale se heurte à l’ère des Restaurations européennes, les libertés se restreignent peu à peu et les perspectives s’amenuisent.
Ces idéaux révolutionnaires, qui forgent les expériences politiques, philosophiques et esthétiques du xixe siècle, gardent une ombre portée sur l’histoire du temps présent et la chorégraphe s’en est saisie dès l’été 2021, à Delphes, alors qu’elle réglait une chorégraphie sur deux des quatre mouvements de la Septième, dans le cadre d’un projet artistique européen pour la chaîne de télévision Arte : Mit Beethoven durch Europa – « Avec Beethoven à travers l’Europe ». Elle avait alors travaillé en étroite collaboration avec le chef d’orchestre Teodor Currentzis et décida, à son retour, d’achever sa chorégraphie sur l’œuvre entière.
Conçu pour quatorze danseurs, Beethoven 7 créé à Berlin en 2023, donne à lire la partition du maître de la symphonie par le mouvement : musique et danse s’articulent et s’imbriquent comme rarement, et se conjuguent parfaitement dans les deux parties d’un spectacle qui, encore et encore, attire l’attention des spectateurs sur l’enjeu des libertés, à commencer par la liberté d’expression.