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09 Fév. 2021

Article

Capture d'écran © Camera Lucida productions

Actéon, métamorphose en direct

Le metteur en scène Benjamin Lazar revient sur les conditions particulières de cette production inédite qui "transpose à l'écran l'instant unique qu’est le moment théâtral".

L’histoire d’Actéon est, dans sa simplicité, une des plus fascinantes métamorphoses d’Ovide, dont les interprétations n’épuisent pas le mystère. Le désir y est un piège qui se referme sur le désirant, la sexualité y fait franchir la frontière qui sépare les humains de la bestialité, avec le risque d’un impossible retour. Pour Giordano Bruno, au XVIe siècle, Diane est l’éblouissante vérité nue – et les chiens d’Actéon sont les pensées qui attaquent et dévorent celui qui cherche cette parfaite connaissance. Il n’y pas d’interprétation définitive à ce mythe et c’est ce qui fait de nous, aussi, des Actéon reconnaissant là l’objet d’un désir non formulé caché derrière les fourrés des images.

L’Actéon de Charpentier, comme le mythe, sait également prendre au piège son spectateur. Tout commence par un charmant tableau de genre pour mieux nous faire basculer, d’un geste, dans la tragédie. Nous sommes les voyeurs innocents d’un séduisant “opéra de chasse” qui se retourne soudain pour nous montrer une face sombre que dépeint une longue déploration suspendue et intemporelle.

Cadre de caméra et cadre de scène : transposer l’instant unique

L’importance du regard dans ce mythe, le livret pensé en temps réel, la beauté de la musique qui arrive à susciter des images chez l’auditeur avec peu de moyens (nous étions au temps des restrictions imposées par Lully et son privilège de l’Académie royale de musique), nous a donné envie de concevoir une expérience singulière qui tient à la fois du théâtre et de la vidéo, sans pouvoir être enfermé dans l’une ou l’autre catégorie. Actéon de Charpentier a été le terrain idéal pour notre tentative de transposer à l’écran l’instant unique qu’est le moment théâtral, et pour intégrer l’action de filmer à la dramaturgie même du projet. La conception de cet objet ne ressemble ni à celle d’une captation d’un opéra, pensé d’abord pour une salle de spectacle, ni à une adaptation cinématographique d’opéra qui ne prendrait pas en compte le théâtre dans la force de son espace et de sa temporalité.

Notre Actéon a été filmé sans interruption, d’un bout à l’autre de l’œuvre, avec deux caméras (une caméra à l’épaule et une caméra sur grue) se relayant de façon invisible. Ce geste de création pensé conjointement par une équipe de réalisation, une équipe de mise en scène et équipe musicale est un gage d’émotion de part et d’autre de l’écran : émotion et concentration de la part des artistes qui réalisent un plan séquence sans repentir ; émotion et attention du côté du spectateur qui regarde, à travers ce cadre de caméra pensé comme un cadre des scène,  un geste de réalisation ininterrompue. D’autant que l’histoire d’Actéon fait de ce dernier un acteur à part entière de l’histoire : Actéon plonge  dans le piège de son regard désirant, et le spectateur est lui aussi pris au piège de son regard. Tantôt objective, tantôt subjective, la caméra est le témoin du drame pour soudain devenir le personnage lui-même à qui le drame survient. Ainsi le spectateur se retrouve face à Diane avec la même surprise qu’Actéon lui-même, et le film un élément de la dramaturgie de l’œuvre.

Le théâtre du Châtelet comme un palais de mémoire

Nous avons rêvé le Théâtre du Châtelet comme un vaste “Palais de mémoire” où les temps se mêlent – celui de la mythologie et celui des spectacles qui s’y sont joués. Nous explorons, comme par effraction, ses dessous, sa cage de scène à nu et la salle elle-même. Une femme (Judith Chemla) nous sert de guide. Sibylle contemporaine conduisant le spectateur, elle se promène et nous promène dans l’histoire comme s’il s’agissait d’une prémonition,  d’une répétition éternelle  et intemporelle du mythe, ou d’un rêve. Les éléments simples de l’impermanence baroque – eau, flamme, fleurs, fumée  – se déclinent. Un tableau du douanier Rousseau  y voyage comme une faussement naïve clef des songes : le Cheval attaqué par un jaguar, où l’attaque ressemble à une étreinte amoureuse.

La simplicité du dispositif montre le théâtre dans sa simplicité nue mais la caméra, et les éclairages de Sylvain Séchet enrichissent le jeu, donnent accès aux visages et aux émotions, et ajoutent à cet opéra baroque, ludique, ironique parfois, et mélancolique, la vivacité et l’impact d’une œuvre contemporaine.

 

Notre Actéon a été filmé sans interruption, d'un bout à l'autre de l'œuvre, avec deux caméras (une caméra à l'épaule et une caméra sur grue) se relayant de façon invisible.

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