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30 Jan. 2020

Opéra

National Theater of Korea

Les Troyennes

Avec Les Troyennes, Ong Keng Sen convoque Euripide et l’esprit de la tragédie grecque. En juin prochain, il livrera sa version d’un opéra résolument contemporain, mêlant aux airs traditionnels pansori des titres fiévreux de K-pop. En établissant un parallèle entre Troyennes de la mythologie et Coréennes de nos jours, le metteur en scène singapourien interroge la condition féminine d’hier et d’aujourd’hui.

En Corée comme dans les pays occidentaux, la seconde partie du XXe siècle fut synonyme de progrès pour la condition des femmes. Selon le Korean Women’s Development Institute, le taux d’activité économique des Coréennes est ainsi passé de moins de 30 % avant la Guerre de Corée (1950- 1953) à 42 % en 1985, puis à 52 % en 2016. Reste que les disparités nationales demeurent. La participation des femmes à l’économie de la péninsule coréenne est encore aujourd’hui bien inférieure à la moyenne des pays de l’OCDE. Ces mauvais résultats s’expliquent notamment par des écarts de salaire considérables entre hommes et femmes. En effet, ces dernières sont en moyennes payées 36,6 % de moins que les hommes, la plus grande inégalité recensée parmi les pays de l’OCDE.

Cette discrimination généralisée dans le monde du travail s’explique par une particularité de la société coréenne : un grand nombre de femmes quittent en effet définitivement leur travail après leur mariage ou la naissance d’un enfant, au lieu de prendre le congé maternité auquel elles ont droit. Ainsi, de plus en plus de Coréennes envisagent de ne pas se marier voire de ne pas avoir d’enfants afin de ne pas compromettre leur carrière. Dans un pays angoissé par la baisse constante de son taux de natalité, une telle décision est mal perçue par la société.

Autre préoccupation majeure, une pression sociale jamais démentie sur le corps des femmes, à l’origine de l’obsession qu’ont les Coréennes pour leur apparence, et de l’attention qu’elles lui portent en tous temps et tous lieux. En Corée du Sud, si on ne naît pas belle, on le devient. Un tiers des Coréennes âgées de 19 à 29 ans ont déjà subi une intervention chirurgicale, d’après un sondage de l’institut Gallup Korea. Même au sein de la cellule familiale, pourtant souvent considérée comme un cocon protecteur, les discriminations héritées de la société traditionnelle sont tenaces. Il est par exemple attendu que ce soit l’homme qui subsiste aux besoins du couple, la femme restant à la maison pour s’occuper des enfants mais aussi des parents.

Sans parler des mariages de raison encore courants en Corée. La famille du futur époux conserve un pouvoir de décision fort dans le choix de la partenaire. Lorsqu’elle se marie, la femme va traditionnellement quitter son travail pour aller habiter dans la maison de sa belle-famille. Reprenant le flambeau, elle récupère en même temps la responsabilité des tâches ménagères et de ses beaux-parents, tout en élevant, bien sûr, ses enfants.

Une fois que ces derniers ont quitté la maison et qu’elle aura trouvé une belle fille pour la relayer dans les tâches quotidiennes de la maison, la femme coréenne devient ajumma (une femme d’un certain âge), un statut ô combien respectable ! C’est en effet à son tour de tenir les cordons de la bourse à la maison et de prendre la tête de la hiérarchie familiale. Tout vient à point à qui sait attendre ?

Par Sébastien Rouet & Adrien Grange

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