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28 Jui. 2021

Article

©Lucie Jansch

"Robert travaille d’une manière intuitive, comme un enfant, en totale liberté."

Entretien avec Bianca Casady / CocoRosie, à l'occasion de sa collaboration avec Robert Wilson pour "Jungle Book", six ans après leur "Peter Pan".

Robert Wilson définit le spectacle Jungle Book comme une « célébration de la différence » et « une ode à la tolérance et à l’humanité ». En quoi votre musique exprime-t-elle cela ?

Bianca Casady : Notre musique est un télescopage de cultures et de styles. Nous aimons raconter les histoires des outsiders, donner un espace de parole à ceux qui n’en n’ont pas toujours, que ce soit les enfants, les homosexuels, ou plus généralement les gens en marge de la société.

Quelle image, quel souvenir de votre enfance aviez-vous gardé du Livre de la Jungle ?

Nous ne regardions pas beaucoup la télévision et les dessins animés, mais dans mon souvenir, les singes étaient vraiment malveillants !

Pouvez-vous nous expliquer votre processus de création pour ce spectacle ? Avez-vous beaucoup travaillé en concertation avec Robert Wilson ?

Nous avons d’abord créé une maquette toutes les deux, à partir du texte original, dans lequel nous avons trouvé des titres et des idées poétiques qui pourraient inspirer nos compositions. Puis, une fois que Robert Wilson nous a tous réunis… tout pouvait arriver ! Il fallait qu’on soit à l’écoute de la pièce et prêtes à s’adapter, et même à sacrifier certains de nos morceaux parfois.

Robert Wilson dit que vous n’êtes pas seulement des musiciennes, mais aussi des plasticiennes. Votre œuvre est multiple, protéiforme. Comment vous définiriez-vous avec vos propres mots ?

Nous avons toujours travaillé d’une multitude de manières, qui s’entrecroisent, fusionnent et se nourrissent les unes les autres. Parfois nous choisissons nos costumes pour un show ou bien les vidéos que nous allons y projeter avant même de savoir quels morceaux nous allons jouer ! Depuis quelques années, le théâtre occupe une place importante dans nos créations. Nous vivons nos concerts comme de véritables spectacles vivants ; moi, Bianca, je suis plus tournée vers la mise en scène et Sierra est plutôt une actrice.

Votre musique est le fruit d’un formidable brassage de sons, de cultures, de styles. En quoi est-ce important pour vous d’abolir les frontières entre les disciplines et les genres ?

En effet, c’est vraiment le contraste qui définit le mieux notre œuvre. Sierra et moi sommes en plus très différentes l’une de l’autre. Nous aimons les rapprochements inattendus, et même le paradoxe, que nous poussons souvent à son comble. C’est dans ces moments-là que nous sommes profondément authentiques.

C’est votre quatrième collaboration avec Robert Wilson. Quelles sont les qualités que vous appréciez particulièrement chez lui ?

Robert travaille d’une manière intuitive, comme un enfant, en totale liberté. Il ne fait aucune concession et n’est guidé que par sa sensibilité personnelle.

En quoi ce spectacle est-il différent des autres projets que vous avez eus avec Robert Wilson ?

Les acteurs sont plus jeunes ; certains d’entre eux sortent même tout juste de l’école !

Avec quels autres metteurs en scène avez-vous travaillé et aimeriez-vous travailler ?

Nous n’avons jamais encore travaillé avec d’autres metteurs en scène mais nous nous considérons de plus en plus comme les metteurs en scène de nos propres œuvres.

Vos créations se rapportent au monde de l’enfance. Quels sont justement les souvenirs d’enfance qui ont le plus marqué votre musique ?

Les années tristes et solitaires où nous étions isolées dans la nature ou dans de petites villes fantômes… Ces images n’en finissent pas de nous hanter. Les orages d’été, les caravanes abandonnées ou les vieilles voitures font aussi partie de notre mythologie personnelle.

Comment se passe la collaboration avec votre sœur ? Avez-vous chacune des rôles très définis ?

C’est difficile à expliquer. On travaille à tour de rôle. Moi, Bianca, je commence souvent par écrire les paroles, et puis je les soumets à Sierra, elle repasse dessus, trouve une mélodie, et ainsi de suite, on fait des allers-retours.

Quel est le domaine artistique qui pourrait vous attirer aujourd’hui ?

Nous aimerions composer des musiques de films. Et la danse est aussi une discipline que nous aimerions davantage explorer.

Vous avez longtemps vécu à Paris mais vous n’y habitez plus. Quelle vision avez-vous de la capitale de la France ?

Paris a joué un rôle très important dans notre carrière, au tout début. Mais nous sommes devenues des campagnardes maintenant ! En tout cas, nous garderons toujours un souvenir ému et romantique de cette ville.

Propos recueillis par Daphné Tesson et publiés dans le numéro 1464 de l’Avant-Scène Théâtre

 

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