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03 Jan. 2020

Événement

Keystone Hulton, Getty-Images

Derrière la scène, l’espionne

Joséphine Baker

De Joséphine Baker, on connaît l’iconique meneuse de revue. Son nom évoque le music-hall, la danse, les Années folles… Son rôle au cours de la Seconde Guerre mondiale est plus secret. Entre le cabaret et l’uniforme, cette amoureuse de la France fut un agent précieux des services de renseignements.

Joséphine Baker est à peine âgée de 33 ans lorsque le monde entre en guerre pour la seconde fois. Arrivée en France à l’aube de ses 20 ans, elle fait de son nouveau pays une terre d’adoption. « La France est douce, il y fait bon vivre pour nous autres gens de couleur, parce qu’il n’y existe pas de préjugés racistes. Ne suis-je donc pas devenue l’enfant chérie des Parisiens ? Ils m’ont tout donné, en particulier leur cœur. Je leur ai donné le mien. Je suis prête, capitaine, à leur donner aujourd’hui ma vie ».

Par ces mots, elle accepte la proposition du général Jacques Abtey, officier des services de renseignements français, de devenir un agent d’information. Rapportés par le militaire dans son livre Les Français libres, ils caractérisent à merveille l’interprète de la chanson J’ai deux amours. N’imaginez pas que le titre fasse référence à un homme ou une femme. « Deux » ne suffirait pas, tant ils (et elles) se sont succédé à ses côtés. Non, ses deux amours sont : « mon pays et Paris ». Et c’est précisément cette passion patriotique qui détermine son engagement en tant qu’espionne. Pour les services de renseignement français, Joséphine Baker est l’agent idéal. Sa vie de vedette la pousse à rencontrer ministres et diplomates étrangers. L’artiste, connue pour ses danses et ses chants, n’éveille pas les soupçons. Elle devient ainsi une source importante de renseignements.

Dans la biographie qu’il lui consacre, le journaliste Jacques Pessis relève un épisode révélateur du rôle de l’espionne. En 1941, elle s’installe au Maroc pour se prémunir des risques d’envahissement allemand de la France libre. Des bruits courent à propos d’une invasion en préparation au Maroc. Elle seule dispose d’atouts pour tenter de vérifier cette information. Ainsi, elle annonce dès le lendemain son intention de chanter en Espagne, lieu où les ordres en question auraient été donnés. Le biographe décrit ainsi la scène. « Une fois sur place, elle chante, mais prend aussi des rendez-vous “professionnels”, accepte des soirées mondaines où des ambassadeurs, des fonctionnaires et des hommes bien informés se hâtent de lui raconter tout ce qui se passe. Elle les écoute, affectant une grande naïveté et enregistre dans sa mémoire le plus grand nombre possible d’éléments qu’on lui confie sans la moindre malice ».

Les tournées forment la justification parfaite pour expliquer ses déplacements. Lorsque le général Abtey l’accompagne, il change d’identité et se fait passer pour son secrétaire particulier. Fort de cette couverture, à laquelle il ajoute une fausse moustache et des lunettes, les deux circulent sans être inquiétés. Joséphine, elle, n’a pas besoin de déguisement. Sa notoriété est sa meilleure couverture. En lieu et place de ses papiers, les douaniers lui demandent des autographes.

Reste un défi : transmettre des informations sans être inquiétée. Certains rapports et clichés des positions allemandes sont épinglés sous ses robes. D’autres renseignements sont inscrits à l’encre invisible sur ses partitions. La plupart prennent la direction de Londres, où les chefs de la France libre sont rassemblés, autour du général de Gaulle.

En 1944, elle devient « sous-lieutenant Baker », militaire à part entière, au service de la France. Pour ses actions et son courage, elle est honorée de plusieurs médailles militaires lorsque la guerre prend fin. Suivra la Légion d’honneur, récompense ultime pour la résistante, éternelle amoureuse de la France.

Par Yann Haefele

Pour les services de renseignements français, Joséphine Baker est l’agent idéal. Sa vie de vedette la pousse à rencontrer ministres et diplomates étrangers.

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