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30 Jan. 2020

Plein feux

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Comment internet a bouleversé les codes de la danse

Rencontre au sommet : le génie des musiques électroniques Rone a annoncé une collaboration avec (La)Horde. Récemment nommé à la tête du Ballet National de Marseille, le collectif dont le nom énigmatique cache un trio, s’intéresse à la façon dont Internet a donné naissance à de nouveaux types de danse et rendu accessible à tous un patrimoine chorégraphique d’une richesse infinie.

Le sujet de prédilection de (La)Horde : les danses post-internet, et notamment un jumpstyle revisité, porté pour la première fois sur scène à l’occasion de leur spectacle To Da Bone en 2017. Mais les danses virales existaient bien avant la naissance du web. La Macarena, par exemple, marqua les années 1990. Et si le nom du groupe à l’origine du morceau, Los del Río, est tombé dans l’oubli, celui de de Mia Frye, auteur de la chorégraphie, résonne encore dans les mémoires. La simplicité de la danse, son aspect répétitif, voilà des caractéristiques que l’on retrouve dans ces danses atypiques. Ce sont aussi les conditions de leur transmission et de leur succès.

LA PISTE DE DANSE S’AGRANDIT
Si la Macarena est iconique, elle n’est ni la première ni la seule à avoir signé son époque. Le Moonwalk légendaire de Michael Jackson, qu’il exécute en public à la télévision pour la première fois en 1983 sur Billie Jean, survit ainsi à toutes les modes. Plus récemment, la chorégraphie du tube Asereje marqua 2002 et les soirées des millenials pour de nombreuses années. Bien sûr, si Internet n’a pas inventé les danses virales, leur diffusion et leur appropriation en furent bouleversées. Ainsi, avec l’apparition des flashmobs (littéralement « foule éclair »), c’est une nouvelle mode qui s’empare de la danse. Il s’agit alors de diffuser au maximum une chorégraphie et de donner rendez-vous aux volontaires pour danser tous ensemble dans un espace public. La piste de danse n’a désormais de limites que celles fixées par les réseaux sociaux.

ET LA DANSE DEVINT CHALLENGE
C’est une autre forme de diffusion qui s’est emparée de la danse de nos jours : les challenges sur les réseaux sociaux. Eux aussi s’appuient sur l’appropriation d’une seule chorégraphie – généralement simple à apprendre – par un grand nombre d’individus. Le premier challenge chorégraphique mondial remonte à 2013, avec le « Harlem Shake », lorsqu’une vidéo donne à voir un groupe de personnes déguisées, dansant de manière déstructurée sur la musique électronique de Baauer : c’est le buzz immédiat. Aux quatre coins du globe, les internautes s’en emparent, proposant leur propre version, entourés de leurs amis, famille et même collègues. D’autres défis ne tardent pas à voir le jour, variant selon les musiques et les codes du moment. Les participants des challenges s’inspirent des plus grandes stars, du clip Watch Me du rappeur américain Silentó, à l’origine du « Whip Nae Nae Challenge », jusqu’au fameux Gangnam Style du coréen Psy.

DE FACEBOOK À TIKTOK, LES RÉSEAUX SOCIAUX ACCÉLÈRENT LA CADENCE
Désormais, ce sont des internautes anonymes qui inspirent les challenges. « Boom Floss Challenge », « Stair Shuffle Challenge » ou encore « Kiki Challenge » : l’année 2018 aura été jalonnée par ces défis sur les réseaux sociaux, toujours plus loufoques et exigeants. Preuve qu’il n’y a pas besoin d’être danseur ou chorégraphe pour faire bouger les foules.

Après les réseaux sociaux généralistes, TikTok change la donne. Dans cette application chinoise lancée en 2016, aujourd’hui parmi les plus téléchargées au monde, point de liste d’amis ou d’invitations à des anniversaires. Dans le défilement vertical s’enchaînent des chorégraphies accompagnées d’extraits de musiques populaires. Ce qui fait le succès de cette application est son extrême propension à la viralité. Dès lors qu’une chorégraphie est reproduite par un certain nombre d’utilisateurs, rien de plus facile que prendre le train en marche et d’en proposer sa propre version.
Le rapport à la danse s’est donc démocratisé, rendant accessible au plus grand nombre les pas de tous ceux qui les partagent en ligne. Du smartphone à la scène, il reste cependant un pas artistique à franchir, comme le propose (La)Horde avec leur réflexion sur l’intégration de ces formes nouvelles et leur rencontre avec un patrimoine chorégraphique classique et folklorique.

Par Albane Guichard, Samuel Kahn et Colin Posnic-Gruel

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